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Appareil

Taylorcraft BC-12

Taylorcraft Aviation CorporationÉtats-Unis

Rôle :
Avion d'école léger
Premier vol :
1938

83kt

Vitesse de croisière

208nm

Distance franchissable

Général

Rôle :
Avion d'école léger
Statut :
Retiré du service

Programme

Premier vol :
1 janvier 1938
Mise en service :
1938
Production :
1938 to 1946
Exemplaires construits :
4 191

Équipage et capacité

Équipage :
1
Capacité :
1 passagers

Dimensions

Longueur :
22 ft
Hauteur :
7 ft
Envergure :
33 ft
Surface alaire :
163 ft²

Masses

Masse à vide :
750 lb
Masse maximale au décollage :
1 199 lb
Capacité en carburant :
18 US gal

Groupe motopropulseur

Motorisation :
1 × Continental A-65 (65 ch)
Puissance :
65 hp (48 kW)

Performances

Vitesse maximale :
89 kt
Vitesse de décrochage :
33 kt
Vitesse ascensionnelle :
551 ft/min
Plafond :
13 999 ft
Un Taylorcraft BC-65 de 1938, immatriculé NC21239, lors d'un meeting aérien
Taylorcraft BC-651 / 8

Le Taylorcraft BC-12 est l'appareil que C. Gilbert Taylor construisit après avoir perdu le Cub. Taylor avait conçu le Taylor Cub original au début des années 1930, cédé sa participation à William Piper lors de la faillite de l'entreprise pendant la Dépression, et rompu, dès 1936, tout lien avec Piper pour fonder un concurrent direct portant son propre nom. Le BC-12 est le fruit de cette rupture : un monoplan biplace à aile haute, entoilé, de taille, de masse et de vocation presque identiques à celles du Cub, vendu aux mêmes écoles de pilotage pour le même prix.

Les deux appareils sont souvent confondus au premier regard, et tout aussi souvent pris l'un pour une version améliorée de l'autre. Le Taylorcraft n'est pas une copie. Ses sièges sont côte à côte plutôt qu'en tandem, son fuselage a des flancs plats plutôt qu'arrondis, et son aile à profil NACA lui conférait un avantage de vitesse réel et mesurable sur un Cub à moteur Continental de 65 chevaux identique. Les pilotes ayant volé sur les deux s'accordent généralement à dire que le Taylorcraft était la conception la plus efficace.

Cette efficacité ne se traduisit pas par la survie. Taylorcraft construisit le BC-12D en plein cœur du boom d'aviation générale le plus vaste et le plus bref de l'histoire américaine, avant de voir ce boom s'effondrer avec toute l'industrie en 1946, et, contrairement à Piper, Taylorcraft n'y survécut pas. L'entreprise la plus identifiée au BC-12 fit faillite cette année-là, un fait qui pèse plus lourd que n'importe quel chiffre de performance, et c'est autant pour ce que l'appareil n'a pas pu sauver que pour ce qu'il fut que cette notice existe.

Histoire

C. Gilbert Taylor ne quitta pas Piper Aircraft en bons termes. Taylor avait conçu le Taylor E-2 Cub original au début des années 1930 à Bradford, en Pennsylvanie, et était resté ingénieur en chef de l'entreprise après que l'industriel pétrolier de Bradford William T. Piper eut racheté la Taylor Brothers Aircraft Manufacturing Company en faillite lors de sa liquidation en 1931. Les rapports entre les deux hommes se dégradèrent au fil du milieu des années 1930, et en 1936 Taylor céda sa participation restante et partit, emportant avec lui son nom et l'ambition de fonder un concurrent. Il s'installa d'abord à l'aéroport de Pittsburgh-Butler sous le nom de Taylor-Young Airplane Company, avec l'apport de capitaux de l'homme d'affaires local William C. Young, puis déménagea cette même année à Alliance, dans l'Ohio, où la ville lui offrit une ancienne usine de biplans gratuitement, assortie d'une option d'achat. L'entreprise fut rebaptisée Taylorcraft Aviation Corporation en 1939, levant des capitaux supplémentaires en vendant plus de 35 000 actions aux habitants de la ville, une société bâtie, au sens propre, sur l'argent de sa propre localité.

L'élève-pilote Betty Wynn et son instructeur Ivan Munroe auprès d'un Taylorcraft-école, Tallahassee, Floride, années 1940
L'élève-pilote Betty Wynn et son instructeur Ivan Munroe auprès d'un Taylorcraft-école, Tallahassee, Floride, années 1940

L'appareil que Taylor y conçut (le Model A, puis le B, puis le BC) fut sa réponse au Cub construite sans Piper : sièges côte à côte plutôt qu'en tandem, construction toile sur tube à flancs plats plutôt qu'arrondis, et aile à profil NACA lui conférant un réel avantage de vitesse et d'efficacité sur le profil plus plat et plus traînant du Cub, à puissance égale. Il se vendit suffisamment bien à la fin des années 1930 pour faire de Taylorcraft une véritable seconde force du marché américain de l'aviation légère, sans jamais égaler le volume de Piper mais sans jamais en être bien loin non plus.

Un Taylorcraft L-2 Grasshopper de liaison, restauré en vert oliveTaylorcraft L-2 Grasshopper
Un Taylorcraft L-2 Grasshopper de liaison, restauré en vert olive

La guerre transforma l'appareil plutôt que de le remplacer. L'armée américaine adopta une version légèrement modifiée du Taylorcraft, le DCO-65, comme appareil d'observation d'artillerie et de liaison, sous la désignation L-2 Grasshopper, la réponse de Taylorcraft au L-4 de Piper, construite selon les mêmes exigences tactiques et assurant des missions très proches, sur les mêmes champs de bataille, sans armement et presque sans défense, réglant les tirs d'artillerie et transportant des dépêches depuis des pistes situées à quelques centaines de mètres du front. Les sous-variantes successives du L-2 ajoutèrent un vitrage d'observation, et les L-2M de fin de guerre reçurent des perfectionnements d'équipement mineurs ; un peu plus de deux mille Grasshopper furent construits au total, aux côtés d'une série plus modeste de planeurs-écoles TG-6 non motorisés dérivés de la même cellule.

La paix apporta à l'entreprise sa meilleure année, et sa dernière. La production civile reprit en 1945 avec le BC-12D redessiné, et 1946, porté par des vétérans revenus formés au pilotage, des prêts publics et la conviction, partagée par toute l'industrie, que des millions d'Américains s'apprêtaient à acheter un avion comme ils achetaient une automobile, devint l'une des années de production les plus élevées jamais enregistrées par un constructeur américain d'aviation légère, Taylorcraft compris. Cela ne dura pas jusqu'à la fin de l'année. Le boom d'aviation générale d'après-guerre s'effondra presque aussi vite qu'il s'était gonflé, les concessionnaires annulant leurs commandes plus vite que les usines ne pouvaient arrêter leurs chaînes, et à l'automne 1946 un incendie à l'usine d'Alliance vint aggraver la situation d'une entreprise déjà submergée par des stocks invendus. Taylorcraft déposa le bilan cette année-là ; un syndic prit en charge la liquidation, et les actifs de l'entreprise furent vendus aux enchères publiques en mars 1947.

Cet échec est le fait avec lequel cette notice doit composer. Piper absorba le même effondrement de 1946 et en ressortit, construisant le PA-11 puis le Super Cub pour un second acte qui dura des décennies. Taylorcraft n'eut pas de second acte qui lui soit propre, seulement une série de reprises, menées par d'autres. Le nom Taylorcraft fut relancé en 1947 sous le nom de Taylorcraft Inc. à Conway, en Pennsylvanie, qui construisit des avions légers jusqu'à la fin des années 1950 ; d'autres relances suivirent sous d'autres propriétaires dans les années 1970 et 1980, produisant brièvement les dérivés F-19 et F-21 Sportsman de la même cellule de base du modèle B. Aucune ne retrouva la position que l'entreprise avait occupée, fût-ce brièvement, en 1946. L'appareil qui fut sans doute le meilleur des deux avions-écoles de la classe du Cub finit propriété d'une entreprise qui, contrairement à Piper, ne survécut pas à sa propre meilleure année.

Développement

La lignée du modèle B qui aboutit au BC-12 procéda par une succession de changements de moteur et de détail plutôt que par une refonte unique et nette. Le Model A du milieu des années 1930 céda la place au Model B, affiné en BC avec un Continental A-50 de 50 chevaux, puis au BC-65 de 1939 avec l'A-65 de 65 chevaux qui devint la motorisation caractéristique du type : le même moteur, fait notable, que Piper standardisa pour le J-3 à la même période, ce qui explique précisément pourquoi les deux appareils appellent une comparaison aussi directe.

Le BC-12D d'après-guerre, parfois commercialisé sous les noms « Twosome » ou « Traveller », fut la version qui compta commercialement : un empennage légèrement revu, à gouverne de direction à deux charnières plutôt qu'à trois comme avant-guerre, et la cellule que Taylorcraft construisit en grande série jusqu'en 1946 pour répondre au boom de formation porté par les vétérans. Un BC-12D-85 plus tardif proposait un Continental C-85 de 85 chevaux pour les acheteurs recherchant davantage de marge à la montée et de charge utile, au prix de la forme la plus légère et la plus efficace du type.

Un Taylorcraft DCO-65, la variante d'observation militaire d'avant-guerre à l'origine du L-2, immatriculé C-GCERTaylorcraft DCO-65
Un Taylorcraft DCO-65, la variante d'observation militaire d'avant-guerre à l'origine du L-2, immatriculé C-GCER

La production militaire se déroula en parallèle du civil, non après lui : la variante d'observation DCO-65 devint le L-2 Grasshopper à partir de 1941, et le type resta sur cette double voie de développement civile et militaire jusqu'à ce que l'effondrement de 1946 mette fin à toute production nouvelle. Ce qui suivit ne fut pas tant du développement qu'une relance : des propriétaires ultérieurs du nom Taylorcraft construisirent des décennies plus tard le F-19 et le F-21 Sportsman sur la même voilure et le même fuselage de base, mais la conception centrale du BC-12 ne fut plus jamais substantiellement redessinée après 1946 ; il ne restait plus d'entreprise disposant des capitaux pour le faire.

Conception

Un Taylorcraft BC-12D jaune stationné sur le tarmac d'un aérodromeTaylorcraft BC-12D
Un Taylorcraft BC-12D jaune stationné sur le tarmac d'un aérodrome

Structurellement, le BC-12 est proche parent de tout avion-école léger de sa génération : fuselage en tube d'acier soudé, longerons de bois et cellule entière recouverte de toile enduite. À environ 750 lb à vide, il est légèrement plus léger qu'un Cub comparable, un écart qui se retrouve directement dans les performances plutôt que de rester une curiosité de fiche technique.

Le choix structurel déterminant est la cabine. Là où le Cub place ses deux occupants en tandem, le Taylorcraft les installe côte à côte sous un unique pare-brise large, une configuration qui modifie autant la relation pédagogique que la cellule elle-même : un instructeur assis à côté de l'élève observe directement ses mains sur les commandes, plutôt que de deviner ses actions à travers la cellule depuis un siège arrière. Cela confère aussi au BC-12 un fuselage nettement plus carré et à flancs plus plats que les lignes arrondies du Cub : le moyen le plus sûr de distinguer les deux appareils d'un coup d'œil, une fois qu'on sait où regarder.

Un Taylorcraft BC-12D en vol, laissant voir son fuselage à flancs plats et sa queue arrondie
Un Taylorcraft BC-12D en vol, laissant voir son fuselage à flancs plats et sa queue arrondie

L'aile constitue l'autre véritable différence. Taylorcraft utilisait un profil semi-symétrique dérivé des recherches NACA plutôt que le profil à intrados plat hérité par Piper de la conception originale du Taylor Cub, et le résultat aérodynamique était mesurable : les pilotes ayant volé sur les deux types rapportent qu'un BC-12D à Continental de 65 chevaux croise près de 81 kt, sensiblement plus vite que les quelque 65 kt d'un J-3 à moteur identique. Deux appareils conçus selon le même cahier des charges, avec le même moteur, pour le même marché, aboutirent à une efficacité réellement différente : et c'est le plus efficace des deux qui échoua.

Le poste de pilotage d'un Taylorcraft L-2 Grasshopper, aux instruments de vol sommaires et au vitrage d'observation
Le poste de pilotage d'un Taylorcraft L-2 Grasshopper, aux instruments de vol sommaires et au vitrage d'observation

Le poste de pilotage est aussi austère que celui de tout avion-école de l'époque : anémomètre, altimètre, instruments moteur, compas, un manche unique pour chaque occupant, et aucun circuit électrique sur les premiers modèles. Ce que le BC-12 perd en raffinement, il le regagne en visibilité extérieure : la cabine côte à côte et son large pare-brise offrent aux deux occupants un champ de vision avant plus étendu que ce qu'un cockpit en tandem laisse au pilote solo installé à l'arrière d'un Cub.

Qualités de vol

Les pilotes qualifiés sur les deux types décrivent généralement le BC-12 comme le plus vif des deux : un peu plus rapide en croisière, un peu plus réactif aux commandes et, grâce à sa cabine côte à côte, nettement plus convivial à piloter avec un passager ou un instructeur souhaitant voir exactement ce que fait le pilote plutôt que de le deviner. Cette convivialité se paie d'une section transversale plus large et plus massive qu'une cabine en tandem n'en exige, une pénalité de traînée modeste que l'aile plus efficace de l'appareil compense largement.

Un Taylorcraft BC-12D, immatriculé N9558, stationné sur l'herbeTaylorcraft BC-12D
Un Taylorcraft BC-12D, immatriculé N9558, stationné sur l'herbe

Comme le Cub, c'est un avion à roulette de queue, et il exige la même discipline active au palonnier au décollage et à l'atterrissage que tout appareil à train classique, un pilote laissant la queue dériver s'expose au même mouvement de pivotement, quelle que soit la disposition, côte à côte ou en tandem, de la cabine qui le précède. Le comportement au décrochage est doux et bien élevé, conformément à un appareil conçu dès l'origine pour l'instruction élémentaire, et la faible charge alaire qui lui donne de bonnes qualités en piste courte le rend aussi, comme la plupart des avions légers à train classique de l'époque, sensible au vent de travers et aux rafales.

C'est dans les performances en ligne droite que la comparaison avec le Cub devient presque incontournable : un pilote de BC-12D volant en formation avec un J-3 à puissance égale se retrouve généralement contraint de réduire les gaz pour rester à son niveau. La marge paraît modeste, presque anecdotique en valeur absolue, de l'ordre de 8–11 kt en croisière, mais c'était précisément le genre de marge qui comptait pour une école de pilotage comparant ses coûts d'exploitation par heure de formation, et précisément le genre d'avantage qu'un marché de l'aviation légère obsédé par le prix plutôt que par l'efficacité, à la fin des années 1930 et dans les années 1940, récompensait rarement.

Service militaire

Un Taylorcraft L-2M Grasshopper lors de son don au National Museum of the United States Air Force en 2011Taylorcraft L-2M Grasshopper
Un Taylorcraft L-2M Grasshopper lors de son don au National Museum of the United States Air Force en 2011

L'appareil de guerre de Taylorcraft fut le pendant exact de celui de Piper : là où le L-4 Grasshopper était un J-3 Cub militarisé, le L-2 Grasshopper était un Taylorcraft militarisé, adopté par l'armée américaine pour exactement le même rôle sur le champ de bataille, observation d'artillerie, liaison et transport léger depuis des pistes sommaires proches du front. La variante civile d'observation d'avant-guerre, le DCO-65, fournit la base de cellule, modifiée par un vitrage élargi pour offrir à un observateur avancé une vue exploitable du sol lors du réglage des tirs d'artillerie.

Un Taylorcraft L-2A Grasshopper restauré aux marques de l'US Army Air Forces, vu de faceTaylorcraft L-2A Grasshopper
Un Taylorcraft L-2A Grasshopper restauré aux marques de l'US Army Air Forces, vu de face

Comme son homologue Piper, le L-2 était sans armement et dépendait presque entièrement, pour sa survie, d'un vol bas, lent et discret ; il opérait depuis des champs, des routes et des pistes dégagées à quelques centaines de mètres des lignes amies, sur les mêmes théâtres que le L-4, Afrique du Nord, Italie, France et Pacifique notamment. Les sous-variantes militaires successives, jusqu'au L-2M de fin de guerre, ajoutèrent des perfectionnements d'équipement mineurs, démarrage électrique et installations radio améliorées pour certaines, sans modifier la cellule de base sous-jacente. La production totale de Grasshopper atteignit un peu plus de deux mille appareils, une série plus modeste que celle du L-4, mais l'activité militaire de Taylorcraft n'avait jamais vocation à égaler le volume civil de Piper ; ce fut simplement la même opportunité de guerre, offerte à un concurrent plus modeste.

Un Taylorcraft L-2M Grasshopper excédentaire, reconverti à la livrée civileTaylorcraft L-2M Grasshopper
Un Taylorcraft L-2M Grasshopper excédentaire, reconverti à la livrée civile

Après 1945, les L-2 excédentaires suivirent le même chemin que les L-4 excédentaires : revendus à bas prix à des acheteurs civils, débarrassés de leur vitrage militaire et de leurs radios lorsque c'était possible, et repeints hors du vert olive, l'un des canaux supplémentaires alimentant le boom d'après-guerre qui faillit, sans y parvenir tout à fait, sauver l'entreprise qui les avait construits.

Production

Taylorcraft construisit 4 191 cellules de BC-12D, aux numéros de série 6400 à 10590, dans le bref intervalle entre la reprise de la production civile d'après-guerre en 1945 et l'effondrement de l'entreprise en 1946, un rythme de production qui, l'espace de quelques mois, plaça Taylorcraft parmi les producteurs d'aviation légère les plus prolifiques des États-Unis. La production militaire du L-2 Grasshopper, étalée sur les années de guerre plutôt que concentrée dans une seule poussée d'après-guerre, ajouta un peu plus de deux mille cellules supplémentaires issues de la même conception de base.

Tout sortit d'une seule usine : l'ancienne usine de biplans Hess-Argo à Alliance, dans l'Ohio, que la ville avait d'abord offerte gratuitement à Taylor en 1936 pour l'inciter à s'y installer, un arrangement qui liait le destin de l'entreprise à une seule communauté du Midwest, sans le maillage multi-sites sur lequel des concurrents plus importants pouvaient s'appuyer. Lorsqu'un incendie frappa cette usine à l'automne 1946, alors qu'un marché de l'aviation générale annulait déjà ses commandes plus vite que Taylorcraft ne pouvait les honorer, aucun second site n'existait pour absorber le choc.

Un Taylorcraft BC-12 construit en 1941, basé sur la piste en herbe de Murphy, dans l'IdahoTaylorcraft BC-12
Un Taylorcraft BC-12 construit en 1941, basé sur la piste en herbe de Murphy, dans l'Idaho

La brièveté de cette série de production est en elle-même le fait historique qui mérite qu'on s'y arrête. Piper étala un total comparable sur près d'une décennie de production du Cub, s'achevant par le même effondrement de 1946-1947 ; Taylorcraft construisit l'essentiel de son total d'après-guerre en environ dix-huit mois, si bien que tout le destin commercial de l'entreprise, boom et faillite confondus, se joua en moins de temps qu'il n'en faut à la plupart des constructeurs pour développer un seul modèle nouveau.

Postérité

Un Taylorcraft BC-12D sur flotteurs, immatriculé N43225, amarré à SausalitoFloat-equipped Taylorcraft BC-12D
Un Taylorcraft BC-12D sur flotteurs, immatriculé N43225, amarré à Sausalito

La seconde vie du BC-12 a suivi des chemins proches de ceux du Cub, à une échelle plus modeste : les conversions sur flotteurs et sur skis trouvèrent la faveur des mêmes communautés de pilotage de brousse en Alaska et au Canada, prisées pour la même faible vitesse de décrochage et la même charge alaire réduite qui rendaient déjà le type docile à piloter, et un certain nombre de cellules survivantes portent encore aujourd'hui des flotteurs. Des clubs de propriétaires et de restaurateurs, organisés en bonne partie autour du Taylorcraft Owners Club, ont maintenu en état de vol une fraction significative de la flotte survivante, aidés par la construction simple en toile et tube du type et un approvisionnement en pièces globalement sain.

Un Taylorcraft F-19 Sportsman, version relancée du type dans les années 1970, immatriculé C-GGWQTaylorcraft F-19 Sportsman
Un Taylorcraft F-19 Sportsman, version relancée du type dans les années 1970, immatriculé C-GGWQ

Ce qui distingue l'héritage du Taylorcraft de celui du Cub, c'est l'entreprise qui se tient derrière, et cette notice ne peut se conclure ailleurs. La crise de 1946 devint, pour Piper, un chapitre d'une histoire de réussite bien plus longue ; pour Taylorcraft, elle devint l'histoire tout entière, une entreprise unique emportée par le même effondrement de marché que son rival plus important se contenta de traverser. Les relances qui suivirent, Taylorcraft Inc. à partir de 1947, puis les changements de propriétaire des années 1970 et 1980 qui produisirent brièvement le F-19 et le F-21 Sportsman sur la même voilure et le même fuselage de base : maintinrent le nom en vie sans jamais retrouver la position qu'avait occupée l'entreprise d'origine en 1946, et aucune ne dura.

Un Taylorcraft sur flotteurs roulant sur l'eau d'un lacFloat-equipped Taylorcraft BC-12D
Un Taylorcraft sur flotteurs roulant sur l'eau d'un lac

Cela fait du BC-12 une étude de cas d'une honnêteté inhabituelle sur ce qui détermine le destin d'un appareil. Il ne fut pas vaincu en vol : selon la plupart des mesures directes (vitesse, efficacité, habitabilité de la cabine) il fut sans doute le meilleur avion-école des deux. Il fut vaincu par un incendie d'usine, une chaîne d'approvisionnement reposant sur un site unique, et un boom qui vira à l'effondrement plus vite qu'une entreprise sous-capitalisée, bâtie sur l'argent d'actionnaires locaux, ne pouvait l'absorber. L'histoire du Cub est celle que cette encyclopédie raconte longuement ailleurs, parce que Piper est l'entreprise qui a pu continuer à la raconter. Celle du Taylorcraft mérite d'être racontée précisément parce que l'entreprise, elle, ne l'a pas pu.

Évolution du modèle

  1. Taylorcraft Model A/B

    1936

    Le premier appareil construit après la rupture de C. Gilbert Taylor avec Piper : un monoplan léger biplace à sièges côte à côte, développé dans la nouvelle usine de Taylor à Alliance, dans l'Ohio, motorisé par divers moteurs d'environ 40 à 50 chevaux. Il fixa la configuration (fuselage à flancs plats, cabine côte à côte, aile dérivée des profils NACA) que tous les Taylorcraft de la série B ultérieurs, y compris le BC-12, allaient conserver.

    Cellule entièrement nouvelle, indépendante de la conception du Taylor Cub, avec sièges côte à côte et profil d'aile semi-symétrique NACA remplaçant l'intrados plat du Cub. Taylor avait besoin d'un appareil suffisamment distinct du Cub qu'il ne possédait plus pour éviter tout risque juridique, mais assez proche par la taille et le prix pour concurrencer les mêmes acheteurs d'écoles de pilotage. Les sièges côte à côte et un profil d'aile différent répondirent aux deux exigences à la fois, une différenciation réelle et, il s'avéra, des performances réellement supérieures.

  2. Un Taylorcraft BC-65 de 1938, immatriculé NC21239, lors d'un meeting aérien

    Taylorcraft BC-65

    1939

    La version d'avant-guerre définitive, équipée du Continental A-65 de 65 chevaux devenu la motorisation standard du type et le plaçant sur un pied d'égalité réelle avec le Piper J-3 de même puissance. Plus rapide et plus efficace que le Cub à moteur identique, il se vendit bien durant les dernières années d'avant-guerre et servit de base à la variante d'observation de guerre, le DCO-65.

    Adoption du Continental A-65 de 65 chevaux en standard, en lieu et place des moteurs antérieurs de 40 à 50 chevaux, avec des révisions mineures de capotage et de bâti moteur. Les moteurs plus petits d'avant-guerre laissaient peu de marge de performance à une école de pilotage qui achetait autant sur le taux de montée et la charge utile que sur le prix. Soixante-cinq chevaux, le chiffre même que Piper était en train de standardiser pour le J-3 presque au même moment, rendait le Taylorcraft compétitif sur les critères qu'un acheteur de flotte-école comparait réellement.

  3. Un Taylorcraft L-2A Grasshopper restauré aux marques de l'US Army Air Forces, vu de face
    Un Taylorcraft L-2M Grasshopper lors de son don au National Museum of the United States Air Force en 2011

    Taylorcraft L-2 / L-2A / L-2M Grasshopper

    1941

    Le Taylorcraft militarisé, adopté par l'armée américaine à partir de la variante civile d'observation DCO-65 pour le réglage d'artillerie et la liaison. Des sous-variantes ultérieures comme le L-2A et le L-2M de fin de guerre ajoutèrent un vitrage d'observation élargi et, dans certains cas, un démarrage électrique ; un peu plus de deux mille exemplaires furent construits au total, le pendant direct du L-4 de Piper chez Taylorcraft.

    Vitrage de cockpit élargi pour la vue vers le bas et l'arrière de l'observateur avancé, ainsi que des installations radio militaires ; les derniers lots L-2M ajoutèrent le démarrage électrique et des modifications d'équipement de détail. Un observateur d'artillerie a besoin d'une vue dégagée du terrain sur lequel il dirige le tir, ce que la cabine plus sobre du Taylorcraft civil ne permettait pas. La conversion ne coûta presque rien structurellement à Taylorcraft, la cellule de base convenait déjà à l'exploitation sur terrain sommaire, ce qui explique précisément pourquoi l'armée la choisit.

  4. Un Taylorcraft BC-12D restauré, aux sièges côte à côte, stationné sur l'herbe
    Un Taylorcraft BC-12D jaune stationné sur le tarmac d'un aérodrome
    Un Taylorcraft BC-12D, immatriculé N9558, stationné sur l'herbe

    Taylorcraft BC-12D

    1945

    La version de production d'après-guerre et l'appareil que la plupart des gens désignent par « BC-12 » : un empennage légèrement revu, à gouverne de direction simplifiée à deux charnières, par ailleurs proche du BC-65 d'avant-guerre. Construit pour répondre au boom de formation porté par les vétérans, 4 191 exemplaires furent achevés avant que l'effondrement du marché et l'incendie de l'usine, en 1946, ne mettent fin à la série, le modèle le plus produit de Taylorcraft, et l'appareil le plus directement lié à la faillite de l'entreprise.

    Gouverne de direction simplifiée à deux charnières, remplaçant le dessin à trois charnières d'avant-guerre, ainsi que des mises à jour d'équipement graduelles d'après-guerre sur une cellule BC-65 par ailleurs inchangée. Les acheteurs d'après-guerre voulaient la cellule d'avant-guerre éprouvée, avec un minimum de perturbation d'une chaîne d'approvisionnement déjà mise à rude épreuve par la demande ; la simplification de la gouverne relevait d'une économie de fabrication plutôt que d'un changement de performance, typique d'une entreprise augmentant sa production aussi vite que son usine unique le lui permettait.

  5. Un Taylorcraft BC-12D-85 équipé du moteur Continental plus puissant de 85 chevaux

    Taylorcraft BC-12D-85

    1948

    Un dérivé plus puissant proposé après la réorganisation de l'entreprise en 1947, remplaçant le Continental A-65 de 65 chevaux par un Continental C-85 de 85 chevaux pour les acheteurs recherchant davantage de montée et de charge utile. Construit en bien plus petit nombre que le BC-12D original, alors que l'entreprise avait déjà perdu la position de marché qu'elle occupait en 1946.

    Moteur Continental C-85 de 85 chevaux remplaçant l'A-65 de 65 chevaux, avec un capotage revu et une masse maximale relevée pour exploiter la puissance supplémentaire. Après la faillite, Taylorcraft avait perdu l'avantage de volume qui lui permettait autrefois de concurrencer par le seul prix, et chercha à concurrencer plutôt par les performances, en offrant aux acheteurs davantage de puissance, dans l'espoir de l'entreprise réorganisée de justifier une marge plus élevée par appareil.

  6. Un Taylorcraft F-19 Sportsman, version relancée du type dans les années 1970, immatriculé C-GGWQ

    Taylorcraft F-19 / F-21 Sportsman

    1973

    Une relance, dans les années 1970, de la cellule de base de la série B sous une nouvelle propriété du nom Taylorcraft, équipée d'un Continental O-200 de 100 chevaux (F-19) ou d'un Lycoming O-235 (F-21), des décennies après l'effondrement de l'entreprise d'origine en 1946. Produit en petit nombre seulement avant de nouveaux changements de propriétaire, il maintint le nom Taylorcraft en vol sans retrouver quoi que ce soit d'approchant la position de marché de l'entreprise d'origine.

    Moteurs Continental O-200 ou Lycoming O-235 plus puissants remplaçant les Continental d'origine de 65 à 85 chevaux, sur une cellule par ailleurs proche du Model 19 Sportsman des années 1950.

    Bien considéré par ses propriétaires pour son alliance d'un pilotage d'époque et d'une fiabilité moteur moderne, mais produit en nombre trop restreint pour constituer une véritable relance de la marque ; la propriété du nom Taylorcraft changea de mains plus d'une fois après cette série de production.

Plans

Dessin en trois vues du Taylorcraft L-2 Grasshopper, version militaire biplace en tandem du Taylorcraft Model B, extrait du manuel de montage et d’entretien de l’armée américaine : élévation latérale, élévation frontale et vue en plan avec les dimensions principales. Le BC-12D partage cette aile, cet empennage et ce train, mais installe les deux places côte à côte.8 planches, cliquer pour ouvrir