Compagnie aérienne
Pan American World Airways
PA · PAA · CLIPPERÉtats-Unis
Pan American World Airways, Inc.
155
Appareils
En service en mars 1990
29,4M
Passagers
en 1989
Identité
- IATA
- PA
- OACI
- PAA
- Indicatif radio
- CLIPPER
- Création
- 14 mars 1927
- Premier vol commercial
- 19 octobre 1927
Entreprise
- Raison sociale
- Pan American World Airways, Inc.
- Siège
- Pan Am Building, 200 Park Avenue, New York (jusqu'en 1991) ; Miami, en Floride, à partir d'octobre 1991
- Pays
- États-Unis
- Situation
- A cessé son activité
- Fin de l'exploitation
- 4 décembre 1991
Hubs et bases
New York-John-F.-KennedyJFK
Hub · jusqu'en 1991
MiamiMIA
Hub · jusqu'en 1991
FrancfortFRA
Hub secondaire · jusqu'en 1991
Berlin-TegelTXL
Base · 1950-1990
Tokyo-NaritaNRT
Hub secondaire · jusqu'en 1986

La Pan American World Airways fut la principale compagnie internationale des États-Unis pendant l'essentiel du XXᵉ siècle et, une bonne partie de ce temps, la plus célèbre du monde. Elle volait sous le code PA, répondait à l'indicatif CLIPPER et n'eut jamais de réseau intérieur digne de ce nom avant qu'il ne soit beaucoup trop tard : une compagnie étrangère chez elle, bâtie par l'État américain comme « l'instrument désigné » de l'aviation des États-Unis à l'extérieur, puis laissée à la concurrence sans cette protection une fois le monde changé.
Elle commence le 19 octobre 1927 avec un hydravion affrété qui porte le courrier sur cent cinquante kilomètres, de Key West à La Havane, et s'achève à neuf heures du matin le 4 décembre 1991, quand la compagnie ouvre ses guichets et ferme dans l'heure. Entre les deux, elle a assuré la première liaison régulière à travers le Pacifique, le premier service de passagers au-dessus de l'Atlantique, les premiers vols du Boeing 707 puis du Boeing 747 ; elle a bâti un terminal à Idlewild et une tour de bureaux au-dessus de Grand Central ; et elle a posé son globe bleu sur des avions, des hôtels, des indicateurs horaires et, dans un film, sur un avion spatial.

Rien de ce qui suit n'est actuel. La flotte présentée plus bas est celle de mars 1990, le chiffre de trafic est celui de 1989, et les hubs sont des aéroports d'où la compagnie ne part plus, puisqu'elle n'existe plus. Pan Am figure ici comme une institution qui a fonctionné soixante-quatre ans, non comme un transporteur où l'on peut acheter un billet.
Fondation
La Pan American Airways est constituée le 14 mars 1927 en société sans activité ni appareils, par trois officiers de l'US Army Air Corps (Henry « Hap » Arnold, Carl Spaatz et John Jouett) que préoccupe tout autre chose que le transport aérien. La SCADTA, compagnie colombienne à capitaux et encadrement allemands, vole depuis 1920 et réclame des droits d'atterrissage dans la zone du canal de Panama. Pour l'Air Corps, cela ressemble à de la reconnaissance, et la réponse s'appelle une compagnie américaine dans le même ciel.
Ce printemps-là, la poste met en adjudication l'acheminement du courrier de Key West à La Havane. Trois sociétés le convoitent : la Pan American des officiers, qui remporte le contrat sans avion ni droits cubains ; l'Aviation Corporation of the Americas de Juan Trippe, qui détient les droits sur La Havane et l'argent de Cornelius Vanderbilt Whitney et d'Averell Harriman ; et une troisième, montée par le banquier Richard Hoyt. À quelques jours de l'échéance, elles s'associent. Un hydravion Fairchild affrété à un exploitant dominicain porte le courrier à La Havane le 19 octobre 1927, et la fusion est officialisée le 23 juin 1928.

Trippe prend la direction opérationnelle, et ce qui suit tient moins de la compagnie aérienne que de la politique étrangère. À la fin des années 1920 et au début des années 1930, Pan Am rachète les transporteurs latino-américains en difficulté, s'empare des contrats postaux qui les faisaient vivre et négocie pays par pays les droits d'atterrissage, Trippe parcourant le continent avec Charles Lindbergh en 1929 pour cela. Elle absorbe la New York, Rio and Buenos Aires Line, prend le contrôle de Mexicana et crée la Panagra avec les intérêts maritimes Grace pour tenir la côte pacifique de l'Amérique du Sud.
L'État aide, délibérément et sans relâche. Washington voit dans un pavillon américain fort à l'étranger un atout, et protège Pan Am de ses concurrents nationaux sur les lignes internationales : c'est la doctrine de « l'instrument désigné ». Elle vaut à la compagnie vingt ans de monopole. Elle la laisse aussi, quand la doctrine est abandonnée après 1945, sans le moindre réseau intérieur, l'unique faiblesse structurelle qui la tuera encore quarante ans plus tard.
Les années de guerre
La Seconde Guerre mondiale s'empara des Clippers avant même l'entrée en guerre des États-Unis. Dès 1940, Pan Am assure des vols militaires affrétés et convoie sous contrat des appareils vers l'Afrique ; après Pearl Harbor, la flotte est purement et simplement réquisitionnée, et les équipages de la compagnie se retrouvent à desservir des lignes logistiques à travers l'Atlantique Sud vers l'Afrique et le Moyen-Orient, sur des avions peints en gris.

L'entreprise construisit aussi des aérodromes. Sous contrat avec le gouvernement américain, l'Airport Development Program de Pan Am traça et équipa des bases dans toute l'Amérique latine et en Afrique de l'Ouest, la chaîne qui achemina ensuite les appareils alliés vers le théâtre méditerranéen. Étrange métier pour une compagnie aérienne, qui lui laissa une connaissance du terrain et des infrastructures au sol sur la moitié de la planète.

Deux vols de cette période sont restés célèbres. En janvier 1943, le Dixie Clipper emmène le président Roosevelt à Casablanca : c'est le premier voyage aérien d'un président américain en exercice. Un an plus tôt, le Pacific Clipper, surpris à Auckland par l'attaque de Pearl Harbor et dans l'impossibilité de revenir par où il était venu, était reparti vers l'ouest, à travers l'Asie, l'Afrique et l'Atlantique Sud jusqu'à New York : le premier tour du monde d'un avion commercial, accompli pour l'essentiel sans cartes.
Croissance et expansion
Les appareils qui ont fait la gloire de Pan Am étaient des bateaux. En dehors de l'Amérique du Nord et de l'Europe, les pistes assez longues pour un avion de ligne chargé n'existaient pratiquement pas, alors qu'un hydravion pouvait se poser sur n'importe quel plan d'eau abrité : la carte du réseau suivait donc les côtes et les chapelets d'îles. Aux Sikorsky S-38 et aux Consolidated Commodore des Caraïbes succède en 1931 le Sikorsky S-40, premier appareil que Trippe baptise Clipper, d'après les voiliers, avec le vocabulaire maritime qui vient avec le nom : commandants, officiers, maîtres d'hôtel, cloche de bord.

Le Pacifique fut la démonstration. Il n'y avait pas de ligne à racheter : Pan Am en construisit une. En mars 1935, elle affrète le cargo North Haven et débarque équipes de chantier, matériel radio, carburant et mobilier d'hôtel à Midway, Wake, Guam et Manille, faisant sauter le corail des lagons pour y creuser des ports. Le 22 novembre 1935, le Martin M-130 China Clipper quitte Alameda avec le courrier et atteint Manille le 29, ramenant à cinq jours de vol une traversée qui demandait trois semaines au meilleur paquebot. Les passagers suivent le 21 octobre 1936, à 950 dollars l'aller simple, plusieurs années de salaire ouvrier.
L'Atlantique prit plus de temps, car il fallait l'accord des Britanniques et des Français plutôt que du corail. Des vols de reconnaissance se succèdent en 1937 entre Port Washington, Botwood à Terre-Neuve et Foynes en Irlande. Ce qui rendit possible un service régulier fut un avion plus grand : six Boeing 314, livrés au début de 1939, dotés d'un rayon d'action capable d'emporter des passagers et non seulement du carburant.

Le 30 mars 1939, le Yankee Clipper effectue la première traversée transatlantique avec passagers. Le courrier régulier suit en mai sur la route sud vers Marseille et, le 28 juin, le Dixie Clipper emporte les premiers passagers payants sur le même itinéraire, via les Açores et Lisbonne. La route nord vers Southampton ouvre trois jours plus tard.
À son apogée d'avant-guerre, c'était le transport le plus prestigieux du monde et l'un des moins pratiques : un Boeing 314 emportait environ 36 passagers couchés en cabines, mettait vingt-neuf heures pour Lisbonne et coûtait le prix d'une automobile. C'était aussi la seule façon de franchir l'océan en vol, et pendant quatre ans Pan Am fut la seule compagnie à savoir le faire.

L'ère des hydravions s'acheva presque au moment où elle atteignit sa perfection. Les terrains de guerre laissèrent le monde couvert de pistes en dur et, dès 1946, un Douglas DC-4 traversait l'Atlantique plus vite, moins cher et par plus mauvais temps que n'importe quel hydravion. Le dernier service régulier en Boeing 314 de Pan Am est assuré en 1946 ; le type aura duré sept ans.
L'ère du réacteur
Pan Am examina de très près le de Havilland Comet, premier avion de ligne à réaction du monde, et ne l'acheta pas. En 1955, elle commande à la place vingt Boeing 707, et vingt-cinq Douglas DC-8 avec eux, une commande cumulée de 269 millions de dollars passée avant qu'aucun des deux appareils n'ait transporté un passager, et assez importante pour fixer la forme de toute l'industrie. Boeing élargit le fuselage du 707 à six passagers de front pour rivaliser avec le DC-8 : si l'appareil a cette largeur, c'est à cause de la commande de Trippe.

Le premier vol régulier en 707 quitte New York-Idlewild pour Paris le 26 octobre 1958, le Clipper America emportant 111 passagers avec une escale de ravitaillement à Gander. Le 707-320 Intercontinental suit en 1959-1960 et permet la traversée sans escale dans les deux sens. L'effet économique fut brutal et définitif : le transport transatlantique par paquebot disparut en une décennie, et un billet pour l'Amérique devint pour la première fois accessible au commun. Pan Am exploita finalement 120 Intercontinental, colonne vertébrale de la compagnie pendant vingt ans.
Puis Trippe recommença, et cette fois cela le brisa. En avril 1966, Pan Am commande vingt-cinq Boeing 747 pour 525 millions de dollars : un avion qui n'existait pas, à une entreprise qui dut construire une usine pour le fabriquer. La commande lança le programme. Pat Nixon baptise le Clipper Young America à Dulles le 15 janvier 1970, et le premier vol commercial quitte New York pour Londres le soir du 21 janvier, assuré, après une panne moteur sur l'appareil prévu, par le Clipper Victor.

Le 747 doubla le nombre de sièges sur chaque ligne qu'il touchait, et il arriva en même temps que la récession de 1970 puis, trois ans plus tard, que le choc pétrolier. Pan Am transporta onze millions de passagers en 1970 et perdit de l'argent en le faisant. L'appareil qui consacrait son avance technique fut aussi celui qui remplit son réseau d'une capacité invendable, au moment précis où l'État commençait à autoriser des concurrents sur les lignes qu'il avait jadis protégées.
Pan Am fut l'une des premières compagnies à prendre des options sur Concorde, et ne les leva jamais. Elle avait étudié l'économie du vol supersonique d'assez près pour conclure que l'appareil ne pourrait pas être rentable : ce qui advint : deux compagnies seulement l'ont exploité, et aucune n'y a gagné d'argent.

À la fin des années 1960, sa flotte à réaction comptait 150 appareils desservant 86 pays sur tous les continents sauf l'Antarctique, le long d'un réseau de 70 700 nm de lignes distinctes. Le slogan publicitaire disait « la compagnie la plus expérimentée du monde » et, cette décennie-là, c'était un simple constat.
Déréglementation et déclin
Trois chocs survinrent en cinq ans, et Pan Am n'en surmonta convenablement aucun. La flotte de 747 fut livrée en pleine récession de 1970. Le choc pétrolier de 1973 quadrupla le prix du carburant d'une compagnie exploitant les plus longues étapes du secteur. Et l'Airline Deregulation Act de 1978 supprima les protections de lignes qui tenaient lieu de réseau intérieur, laissant un transporteur doté de la meilleure carte internationale du monde et sans aucun moyen de la remplir.

La réponse retenue fut d'acheter une compagnie intérieure. Pan Am l'emporta sur la Texas International de Frank Lorenzo dans une surenchère pour National Airlines, à un prix gonflé par les enchères, et boucla l'acquisition le 7 janvier 1980. L'attelage était mauvais à tous points de vue : le réseau nord-sud de National alimentait les mauvaises portes d'entrée, les deux flottes n'avaient en commun que le 727, les cultures ne se mêlèrent pas, et l'alignement par le haut des grilles salariales de National renchérit l'ensemble. Le chiffre d'affaires progressa de 62 % ; la facture de carburant de 157 %.
Suivit une décennie de ventes. La chaîne hôtelière InterContinental partit en 1981. Le Pan Am Building fut cédé à la Metropolitan Life en 1980, au prix le plus élevé jamais payé pour un immeuble à l'époque, même si le nom resta sur le toit jusqu'en 1992. En avril 1985, c'est toute la division Pacifique (un quart du réseau, le hub de Tokyo et les appareils qui le desservaient) qui passa à United Airlines pour 750 millions de dollars. Pan Am vendait les lignes qu'elle avait inventées pour financer les pertes de celles qui lui restaient.
Puis Lockerbie. Une bombe détruisit le vol 103 le 21 décembre 1988, tuant 270 personnes, et l'effet commercial sur une compagnie dont la marque était la traversée de l'Atlantique fut immédiat et définitif : les réservations chutèrent et ne remontèrent pas. La guerre du Golfe de 1990-1991, qui vida les avions transatlantiques de tout le secteur, survint alors que la compagnie était déjà condamnée. Une offre sur Northwest avait échoué ; un projet de cession des lignes transatlantiques restantes à United fut dépassé par les événements.
Pan Am se plaça sous la protection du chapitre 11 le 8 janvier 1991. Delta racheta les lignes européennes, l'activité de Francfort, la navette, 45 appareils et le Worldport pour 416 millions de dollars, injecta 100 millions et prit 45 % d'une Pan Am réduite, réorganisée autour de Miami et de l'Amérique latine. Cette compagnie redémarra le 1er novembre 1991 avec une soixantaine d'appareils et 7 500 salariés, et perdit de l'argent dès la première semaine. Le 3 décembre, Delta refusa le versement suivant ; le comité des créanciers ne parvint pas à convaincre la TWA de Carl Icahn de prendre le relais. Pan Am ouvrit ses guichets à neuf heures le lendemain matin et ferma dans l'heure. Le dernier vol régulier, PA436, quitta la Barbade cet après-midi-là à bord du Clipper Goodwill et se posa à Miami : un Boeing 727, sur une étape caribéenne, pour une compagnie qui avait traversé le Pacifique en hydravion.
Après la fin
Les marques furent vendues aux enchères de la faillite les 2 et 3 décembre 1993, et le nom a depuis été porté par quatre compagnies sans lien entre elles. La première, de 1996 à 1998, exploita des vols long-courriers à bas prix des États-Unis vers les Caraïbes sous le code PN. Une deuxième vola de 1998 à 2004 ; une troisième et une quatrième suivirent, chaque fois plus petites, sans autre lien avec l'originale qu'une marque achetée.
Le nom est aussi allé à des activités qui ne volent pas. Pan Am Railways a exploité du fret en Nouvelle-Angleterre jusqu'en 2022 sous le globe. La Pan Am International Flight Academy, qui forme des équipages, descend directement du centre de formation de la compagnie et porte toujours le nom. Et une maison de vêtements et de bagages vend, de façon à peu près continue, des sacs Pan Am à des gens qui aiment ce logo.
Rien de tout cela n'est la Pan American World Airways, et l'encyclopédie fait s'achever la compagnie le 4 décembre 1991. Ce qui a survécu, c'est la marque, qui est un objet d'une autre nature : un actif qui s'achète, et un souvenir qui ne s'achète pas.
Réseau et hubs
Le réseau de Pan Am était l'inverse de celui de toutes les autres compagnies américaines. Elle avait l'Atlantique, le Pacifique, l'Amérique latine, l'Afrique et un service autour du monde : les vols 1 et 2, vers l'est et vers l'ouest, qui firent le tour du globe sous un seul numéro pendant trente-cinq ans, et presque rien à l'intérieur des États-Unis. Ses passagers étaient amenés à ses portes internationales par d'autres transporteurs : supportable tant que l'État tenait ces transporteurs à l'écart de ses lignes, ruineux dès qu'il cessa.

Sa porte d'entrée était le Worldport de New York-Idlewild, devenu Kennedy : un terminal dont le toit elliptique d'un hectare et demi, suspendu par câbles à trente-deux jeux de poteaux, débordait en porte-à-faux au-dessus des postes de stationnement, afin que les passagers embarquent par passerelle mobile sans être mouillés. La passerelle télescopique rendit l'idée caduque presque aussitôt ; le toit resta, et le bâtiment demeura le terminal de compagnie le plus reconnaissable d'Amérique jusqu'à sa démolition par Delta en 2013.
Son siège était le Pan Am Building de Park Avenue, ouvert en 1963 : cinquante-neuf étages à cheval sur le terminal de Grand Central, quelques années durant le plus grand immeuble de bureaux du monde, le nom et le globe de la compagnie visibles sur toute la longueur de l'avenue. De 1965 à 1977, New York Airways exploita depuis son toit des hélicoptères vers les aéroports, jusqu'à ce qu'une rupture de train d'atterrissage tue cinq personnes et mette fin au service.

Deux activités détonnaient dans cet ensemble. Du fait du statut d'après-guerre de Berlin, seules les compagnies des puissances occupantes pouvaient desservir la ville divisée : à partir de 1950, Pan Am exploita donc les Internal German Services, une compagnie américaine assurant des lignes intérieures allemandes depuis Tempelhof puis Tegel, en Boeing 727 puis en Airbus A310, pendant quarante ans. Et après 1986, elle fit voler la navette horaire Boston-New York-Washington rachetée à New York Air : une activité intérieure acquise trente ans trop tard.

En 1989, sa dernière année pleine à une échelle comparable, Pan Am a produit 29,4 milliards de passagers-kilomètres payants. En novembre 1991, son horaire desservait 46 aéroports ; en mai 1968, il en desservait 122.
La flotte
L'histoire de la flotte de Pan Am se confond presque avec celle de l'avion de ligne. Trimoteurs Fokker et Ford, puis hydravions Sikorsky, Consolidated et Martin ; Douglas DC-3 et DC-4 ; Lockheed Constellation à partir de 1946 et Boeing 377 Stratocruiser avec leur salon en soute ; puis le 707 et le DC-8, le 720B, le 727, le 737, le 747 et le 747SP à long rayon d'action construit sur cahier des charges de Pan Am pour relier New York à Tokyo sans escale ; les L-1011 et DC-10 venus avec National Airlines ; et enfin les Airbus A300 et A310 qui accompagnèrent sa fin.

Le tableau ci-dessous donne la flotte telle qu'elle se présentait en mars 1990, vingt et un mois avant l'arrêt : 155 appareils, et une composition qui raconte tout le déclin. Quatre-vingt-onze sont des Boeing 727 : un triréacteur intérieur des années 1960, hérité pour la plupart de National, qui volait sur des étapes courtes pour lesquelles la compagnie n'avait jamais été conçue. Vingt-cinq sont des 747, reste d'une flotte long-courrière qui en compta cinquante. Il n'y a plus d'avions-cargos ni de 747SP : les SP sont partis chez United avec les lignes du Pacifique en 1985.
Classer cette flotte comme l'encyclopédie classe celle d'une compagnie vivante est un peu faux, et cela mérite d'être dit : un A310 traversant l'Atlantique et un A310 reliant Francfort à Berlin étaient le même avion faisant deux métiers, et Pan Am passa ses dernières années à employer du matériel long-courrier sur les lignes qui lui restaient.

La compagnie baptisa ses appareils tout au long de son existence, selon la convention maritime adoptée avec le premier Clipper en 1931, Clipper America, Clipper Victor, Clipper Maid of the Seas, Clipper Juan T. Trippe. Ces noms expliquent que tant de ces avions soient restés dans les mémoires individuellement, et que deux d'entre eux le soient pour la mauvaise raison.
Cabines et service
Pendant trente ans, le service de Pan Am fut l'étalon auquel les autres compagnies se mesuraient, et il reposait sur les personnes plus que sur le matériel. Le personnel de cabine était recruté dans le monde entier, généralement diplômé, souvent formé aux soins infirmiers, et devait parler au moins une langue en plus de l'anglais, nécessité pratique sur un réseau où un même vol pouvait emporter des passagers de douze nationalités, et argument commercial que la compagnie exploita sans relâche. Les uniformes furent dessinés par Don Loper puis par Edith Head, et la restauration à bord s'inspirait de Maxim's de Paris.

Les cabines elles-mêmes changèrent avec les avions. Les hydravions avaient des couchettes, une salle à manger et une suite nuptiale. Le Stratocruiser offrait un salon en soute, desservi par un escalier en colimaçon. Le 747 reprit l'idée à l'étage, et le salon de première classe de la bosse (fauteuils, bar, parfois un piano) devint l'intérieur le plus reconnaissable de toute l'aviation commerciale.
Derrière le prestige, la compagnie inventa aussi l'ordinaire. La classe économique du 707 est ce qui rendit possible le voyage transatlantique de masse et, en 1978, Pan Am lança la Clipper Class, l'une des premières véritables classes affaires, au moment où le secteur découvrait que le passager situé entre la première et l'économique était celui qu'il fallait conquérir.
Le service survécut à l'argent. Tout au long des années 1980, tandis que la compagnie vendait ses hôtels, son immeuble et le quart de son réseau, la prestation à bord resta réellement bonne, ce qui explique en partie que l'effondrement, venu le moment, ait surpris des passagers persuadés qu'une compagnie aussi bien tenue ne pouvait pas s'arrêter net.
Livrée et identité
Le globe bleu est l'une des identités visuelles les plus durables du XXᵉ siècle. Introduit en 1957 et affiné par l'agence d'Edward Larrabee Barnes, il ramène toute la proposition de la compagnie, une entreprise qui va partout, à une sphère quadrillée de méridiens et de parallèles, les mots PAN AM posés en blanc sur l'équateur. Il remplaçait un globe ailé antérieur et survécut, pour l'essentiel inchangé, jusqu'à l'arrêt de la compagnie.
La livrée qui le portait était tout aussi sobre : dessus de fuselage blanc, bandeau bleu à hauteur des hublots, métal nu en dessous, le globe seul sur une dérive blanche et l'inscription PAN AM dans une linéale dessinée sur mesure. Les avions portaient un nom propre sous les vitres du poste de pilotage, selon la tradition maritime : tous étaient des Clippers.

La marque voyagea bien au-delà des appareils. Elle figura sur les hôtels InterContinental, sur le Pan Am Building où on la voyait à un kilomètre le long de Park Avenue, sur des pochettes de billets et des sacs de vol que les gens ont gardés, et, dans 2001, l'Odyssée de l'espace, sur l'avion spatial qui conduit les passagers vers une station en orbite, dans la certitude tranquille que la compagnie existerait encore en 2001. C'est pourquoi la marque reste immédiatement lisible pour des gens qui n'ont jamais pris ses vols, et pourquoi elle a été rachetée et revendue à répétition depuis 1991.
Sécurité
Pan Am a enregistré 95 accidents et incidents en soixante-quatre ans, le premier en 1928. Deux d'entre eux comptent parmi les événements fondateurs de l'aviation civile, et tous deux impliquent des Boeing 747.

Le 27 mars 1977, un attentat à Las Palmas dérouta une foule d'appareils sur Los Rodeos, à Tenerife, un aéroport qui n'était pas fait pour eux. Dans un brouillard épais, la tour et les deux équipages travaillant sur une piste unique encombrée, un 747 de KLM entama son décollage sans autorisation alors que le Clipper Victor de Pan Am roulait encore vers sa bretelle de dégagement. Les deux appareils entrèrent en collision. Les 248 occupants de l'avion de KLM et 335 des 396 personnes à bord de celui de Pan Am furent tués : 583 morts, toujours le pire accident de l'histoire de l'aviation. Il en reste la phraséologie normalisée qu'emploient aujourd'hui tous les contrôleurs et tous les équipages du monde, et la règle explicite selon laquelle une autorisation de décollage est une autorisation de décollage et rien d'autre ne l'est.
Le 5 septembre 1986, le vol 73 fut pris au sol à Karachi par quatre hommes armés. L'équipage technique s'échappa par la trappe du poste de pilotage, laissant le personnel de cabine gérer 379 passagers pendant seize heures ; lorsque l'alimentation électrique de l'appareil lâcha et que les pirates ouvrirent le feu dans l'obscurité, vingt personnes furent tuées. La chef de cabine, Neerja Bhanot, ouvrit une issue de secours et fut abattue en protégeant des passagers ; l'Inde lui décerna à titre posthume l'Ashoka Chakra.

Le 21 décembre 1988, le vol 103 quitta Londres-Heathrow pour New York. Trente-huit minutes plus tard, à 31 000 ft au-dessus du sud de l'Écosse, un engin explosif improvisé dissimulé dans une valise de la soute avant détona. L'appareil se disloqua en quelques secondes ; la pointe avant retomba à Tundergarth et une section d'aile s'abattit sur Sherwood Crescent, à Lockerbie, où le carburant enflammé détruisit des maisons et tua onze habitants. Les 259 personnes à bord périrent toutes. L'Air Accidents Investigation Branch britannique établit la cause avec une rare complétude en reconstituant le fuselage à partir des fragments retrouvés.
L'affaire judiciaire dura des décennies. Deux ressortissants libyens furent inculpés en 1991 ; un procès de droit écossais tenu à Camp Zeist, aux Pays-Bas, condamna Abdelbaset al-Megrahi en 2001 et acquitta son coaccusé. La Libye reconnut sa responsabilité et versa des indemnités en 2003. Megrahi fut libéré pour raisons humanitaires en 2009 et mourut en 2012 ; un autre suspect fut transféré aux États-Unis en 2022. La procédure n'a jamais cessé d'être contestée, et la justice écossaise a réexaminé deux fois la condamnation.

La compagnie, elle, ne survécut pas aux conséquences. Une commission présidentielle américaine jugea insuffisants les contrôles de sûreté de Pan Am à Francfort, et un jury retint ensuite la faute délibérée de la compagnie. L'atteinte à sa réputation, précisément sur les lignes dont dépendait la marque, fut la cause immédiate de l'effondrement trois ans plus tard : le seul cas, dans cette encyclopédie, où une section « sécurité » et une section « faillite » décrivent le même événement.
Postérité
L'héritage concret de Pan Am, c'est la forme même du vol long-courrier. Elle a lancé le 707 et le 747, et choisi de ce fait les appareils que deux générations de toutes les autres compagnies allaient exploiter ; elle a commandé le 747SP pour atteindre Tokyo sans escale ; elle a inventé les structures de lignes transocéaniques, les procédures de navigation au-dessus de l'eau et une grande partie des infrastructures au sol qui ont rendu le service intercontinental banal. Le marché transatlantique de masse d'aujourd'hui a été bâti par une compagnie qui n'existe plus.
Son héritage institutionnel est un avertissement que les dirigeants du secteur citent encore. Une compagnie peut détenir les meilleures lignes, la meilleure flotte, la meilleure marque et le meilleur service, et disparaître tout de même si sa structure de coûts est mauvaise et si son réseau ne repose sur rien. Pan Am fut tuée par l'absence de la seule chose qu'on ne lui avait jamais permis de construire, un système intérieur, et par une décennie de cessions destinées à couvrir des pertes, ce qui abrège un déclin plutôt que de l'inverser.
Et le nom a survécu à tout cela. Le globe orne des blousons, des valises et des sacs vendus à des gens nés après le dernier vol ; le Worldport a disparu mais le Pan Am Building est toujours là sous un autre nom ; et l'aérogare postale de 1927, à Key West, est un restaurant qui se présente comme le berceau de la compagnie. Bien peu d'entreprises mortes restent aussi lisibles.
La flotte
En service en mars 1990
Long-courrier
Total46
Moyen-courrier
Boeing 727-200
91
Airbus A300B4
13
Boeing 737-200
5
Total109
Cabines
Première classe
La cabine avant et, sur le 747, le salon du pont supérieur devenu la signature de la compagnie : un escalier en colimaçon menant à une pièce garnie de fauteuils et d'un bar, servie par des équipages recrutés pour leurs langues.
Clipper Class
La cabine affaires, introduite en 1978 parmi les premières du genre, nommée d'après les hydravions et vendue sur les lignes transatlantiques où la compagnie dominait encore.
Économie
La cabine principale et, après 1958, celle qui a changé l'aviation : le 707 a rendu la traversée de l'Atlantique accessible à des gens qui n'avaient jamais imaginé franchir l'océan.
Filiales
- Pan Am Express
- L'activité régionale d'apport, exploitant des ATR 42, des Dash 7 et des Jetstream depuis New York et Berlin.
- Pan American-Grace Airways (Panagra)
- La coentreprise avec la Grace Shipping Company qui desservait la côte ouest de l'Amérique du Sud à partir de 1929.
- InterContinental Hotels
- La chaîne hôtelière fondée par la compagnie en 1946 pour loger ses passagers, revendue en 1981 pour faire entrer des liquidités.
- Pan Am Shuttle
- La navette horaire Boston-New York-Washington rachetée à New York Air en 1986 et cédée à Delta en 1991.
Généalogie
La lignée de Pan Am. L'Aviation Corporation of America de Juan Trippe prit le contrôle de la toute jeune Pan American Airways en 1928, absorba le réseau sud-américain de la NYRBA en 1930 puis, devenue Pan American World Airways en 1950, les routes atlantiques d'American Overseas Airlines. National Airlines suivit en 1980. Pan Am cessa de voler le 4 décembre 1991 ; sa division Pacifique était passée à United dès 1986, et son réseau atlantique revint à Delta en 1991.
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Chronologie
14 mars 1927
Constitution de la Pan American Airways
Une société sans activité, créée par des officiers de l'US Army Air Corps pour tenir à l'écart de la zone du canal de Panama une compagnie colombienne à capitaux allemands.
19 octobre 1927
Premier vol : Key West-La Havane
Un hydravion Fairchild affrété emporte le courrier sur cent cinquante kilomètres de mer, quelques jours avant l'expiration du contrat.
23 juin 1928
Fusion des trois sociétés rivales
Juan Trippe prend la direction opérationnelle de l'ensemble et commence à racheter l'Amérique latine.
22 novembre 1935
Le China Clipper traverse le Pacifique
Un Martin M-130 quitte Alameda pour Manille avec du courrier, de base en base insulaire construites depuis un cargo affrété.
28 juin 1939
Service transatlantique de passagers
Le Boeing 314 Dixie Clipper emmène des passagers payants de Port Washington à Marseille via les Açores et Lisbonne.
26 octobre 1958
Début de l'ère du réacteur
Le Boeing 707-121 Clipper America relie New York-Idlewild à Paris avec 111 passagers, avec escale de ravitaillement à Gander.
1960
Ouverture du Worldport à Idlewild
Le terminal de Pan Am, un toit elliptique d'un hectare et demi en porte-à-faux au-dessus des postes de stationnement, devient la porte d'entrée new-yorkaise de la compagnie.
1963
Inauguration du Pan Am Building
Cinquante-neuf étages à cheval sur le terminal de Grand Central, un temps le plus grand immeuble de bureaux du monde, le nom de la compagnie inscrit sur la ligne d'horizon.
21 janvier 1970
Premier vol commercial du Boeing 747
Pan Am, client de lancement, fait voler le Clipper Victor de New York à Londres après une panne moteur sur l'appareil prévu.
24 octobre 1978
Déréglementation du transport aérien
L'Airline Deregulation Act ouvre le marché américain. Pan Am, transporteur international sans réseau intérieur pour l'alimenter, est la plus exposée des grandes compagnies.
7 janvier 1980
Absorption de National Airlines
Rachetée pour son réseau intérieur à un prix gonflé par une surenchère, et mal intégrée : flottes incompatibles, cultures incompatibles, et un réseau nord-sud qui n'alimentait rien.
avril 1985
Vente de la division Pacifique
Un quart du réseau, et le hub de Tokyo, passent à United Airlines pour 750 millions de dollars : les lignes que Pan Am avait inventées en 1935.
21 décembre 1988
Destruction du vol 103 au-dessus de Lockerbie
Une bombe abat un 747 au-dessus du sud de l'Écosse : 259 personnes à bord et 11 au sol sont tuées. Les réservations s'effondrent.
8 janvier 1991
Dépôt de bilan
Pan Am se place sous la protection de la loi sur les faillites. Delta rachète les lignes transatlantiques, la navette, 45 appareils et le Worldport, et finance une compagnie réduite exploitée depuis Miami.
4 décembre 1991
Le dernier vol
Delta retient le dernier versement ; la compagnie ferme le matin même. Le vol 436, un 727 baptisé Clipper Goodwill, se pose à Miami en provenance de la Barbade dans l'après-midi.
Accidents et événements marquants
Consignés comme les enquêteurs les ont consignés : ce qui s'est passé, où, et combien de personnes ont péri. Accidents mortels et événements qui ont changé la compagnie, par ordre chronologique.
27 mars 1977
PA1736
Boeing 747-121Aéroport de Los Rodeos, Tenerife, îles Canaries, Espagne
Les deux appareils avaient été déroutés sur Tenerife par un attentat à Las Palmas. Dans un brouillard épais, un 747 de KLM entama son décollage sans autorisation alors que le 747 de Pan Am roulait encore sur la même piste, et les deux entrèrent en collision. Sur les 396 personnes à bord de l'appareil de Pan Am, 335 furent tuées et 61 survécurent ; les 248 occupants de l'appareil de KLM périrent tous. Avec 583 morts, c'est toujours l'accident le plus meurtrier de l'histoire de l'aviation, et il a directement conduit à la normalisation mondiale de la phraséologie radio.
335 morts396 personnes à bord
5 septembre 1986
PA73
Boeing 747-121Karachi, Pakistan
Quatre hommes armés s'emparèrent de l'appareil au sol à Karachi, lors d'une escale du service Bombay-Francfort-New York. L'équipage technique quitta l'avion par la trappe du poste de pilotage, et le personnel de cabine tint 379 passagers au calme pendant seize heures avant que les pirates n'ouvrent le feu dans l'obscurité ; vingt personnes furent tuées. La chef de cabine Neerja Bhanot, qui ouvrit une issue de secours et fut abattue en protégeant des passagers, fut décorée à titre posthume par l'Inde.
20 morts394 personnes à bord
21 décembre 1988
PA103
Boeing 747-121Lockerbie, Dumfriesshire, Écosse
Un engin explosif improvisé placé dans une valise de la soute avant a détoné 38 minutes après le décollage de Londres-Heathrow, à 31 000 ft. L'appareil s'est disloqué en quelques secondes et est retombé sur la ville de Lockerbie, où le carburant enflammé a détruit des maisons de Sherwood Crescent. Les 243 passagers et 16 membres d'équipage ont tous péri, ainsi que 11 personnes au sol : 270 morts au total. C'est toujours l'attentat le plus meurtrier de l'histoire britannique, et ses conséquences (l'effondrement des réservations sur les lignes transatlantiques, cœur du réseau) ont directement causé la disparition de Pan Am trois ans plus tard.
270 morts (dont 11 au sol)259 personnes à bord
Dans le catalogue
Les appareils au cœur de l'histoire de cette compagnie, tels que l'encyclopédie les recense.
- Report on the accident to Boeing 747-121, N739PA, at Lockerbie, Dumfriesshire, Scotland on 21 December 1988 (Aircraft Accident Report 2/90), Air Accidents Investigation Branch, United Kingdom
- Pan American World Airways records, 1902–2005 — finding aid, University of Miami Libraries, Special Collections
- Pan Am Flight 103 / Lockerbie Air Disaster Archives, Syracuse University Libraries
- Boeing 747 — Historical Snapshot, Boeing
- Pan American World Airways, Wikipedia
- Pan Am Flight 103, Wikipedia
- Tenerife airport disaster, Wikipedia
- Worldport (Pan Am), Wikipedia
- Boeing 314 Clipper, Wikipedia
Vérifié le 9 septembre 2026
